Player One. Une partie de mon enfance se trouve entre ces pages. Alors quand, en cette année 2010, sort "Les chroniques de Player One", 2 sentiments me font face. La crainte de n'avoir à faire qu'à une réédition d'anciens tests, ce qui aurait très peu d'intérêt, ou alors revenir sur l'histoire du magazine, et là je dis banco.
Je me suis donc retrouvé dans une position d'attente jusqu'à ce que les premières critiques tombent, et où on nous explique ce que contient le livre. Et là je dois dire que mon attente, craintive au départ, n'en fut que décuplée, sachant que ces quelques 300 pages allaient revenir sur un acteur important de la presse vidéoludique, présenté comme le magazine n°1 des jeux vidéo (historiquement parlant).
Au lieu de ne s'intéresser qu'à l'histoire du magazine, les auteurs (Olivier Richard - Alain Kahn) on préféré mettre en avant l'éditeur MSE (Media Système Edition) et toutes les publications qui ont été créé. Cela va d'Amstrad CPC, à Player Station en passant par Manga Player.
L'ouvrage est partagé en chapitres, alternant entre l'histoire ("avec sa grande hache", Georges Perec inside) du jeu vidéo et du manga en France, et l'évolution des magazines de MSE liés à ces deux médias. Chose fort bien pensée pour remettre chaque élément dans son contexte, car on ne peut dire que cela ait fait bon ménage à l'époque (par époque, j'entends années 80-90) : Ségolène Royal et son livre "les bébés zappeurs" ou encore le terme japoniaiseries inventé par Télérama en sont la preuve.
On retrouve derrière ces pages une locomotive qui permettait à tout ce microcosme d'avancer malgré les critiques : la passion. Les auteurs font intervenir de nombreux acteurs de l'époque qui ont, par leurs actions, permis à ces deux marchés d'être ce qu'ils sont aujourd'hui. De Cyril Drevet (alias Crevette) à Yves Schlirf (directeur éditorial des éditions Kana) en passant par Yvan West Laurence (ex-rédacteur en chef d'Animeland), ce sont des points de vue très intéressant ayant le recul nécessaire pour nous permettre de comprendre l'évolution de ces deux marchés.
Et Player One dans tout ça?
Ne vous en faîtes pas, une bonne partie du livre y est consacré. Revue phare de MSE, on y apprend pas mal d'anecdotes intéressantes, comme l'arrivée de certains journalistes, les prises de becs, mais surtout la vie de la rédaction. Car comme dit plus haut, le livre transpire la passion et Player One n'y échappe pas. Imaginez vous, pouvoir vivre de sa passion, tout le monde en rêve, et eux on passé le pas.
La nostalgie est un des moteurs de ce livre (en tout cas me concernant), mais la simple évocation de l'histoire permet aussi de comparer la situation de l'époque avec ce qui se passe aujourd'hui. La volonté des maisons d'éditions de sortir un magazine de jeux vidéo (comme ce fut le cas pour Joypad ou encore Consoles +) permettant d'avoir un marché globalement ouvert. La situation a bien changé aujourd'hui, avec une concentration des principaux titres chez l'éditueur Yellow :(....
Par le biais du livre (et du magazine), on a suivi l'évolution du marché du jeu vidéo avec le passage aux générations 16 Bits puis 32 bits et 128 bits (uniquement la Dreamcast, le magazine s'arrêtant avant la sortie de la PS2). La découverte de la 3D, la fin de l'hégémonie de Nintendo et le passage de relais (forcé) à Sony. Le passage de la cartouche au CD-Rom, un marché de plus en plus imposant, global. L'augmentation du nombre de polygones proportionnelle à l'augmentation du nombre de développeurs et des budgets...
C'est tout ça aussi Player One, un témoin de son temps, l'évolution d'un marché vers plus de professionnalisation, qui a eu prise sur la rédaction (l'exemple des locaux est la meilleure image), et qui a en quelque sorte signé sa fin. Adossé à un éditeur qui ne pouvait pas répondre à la guerre entre les différents magazines ("guerre" est un bien grand mot, les relations étant amicales et cordiales), MSE du choisir d'arrêter la publication de Player One, pour pouvoir se focaliser sur ce qui deviendra Pika éditions, un des principaux acteurs du manga en France.
En dire plus ne serait pas judicieux, car je ne peux que vous conseiller la lecture de cet ouvrage, lecteur ou non de Player One ou de Manga Player, car ce type d'ouvrage est suffisamment rare pour être mis en avant, et en plus il est de qualité avec ses 300 pages bien documentées.
Encore merci pour cette initiative, qui devrait être suivi par deux autres livres, un sur la dernière décennie du marché du jeu vidéo, le deuxième sur le manga en France.
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